Florence Mugny | La peur qui sauve, la peur qui tue
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La peur qui sauve, la peur qui tue

Munch

La peur qui sauve, la peur qui tue

Tout le monde sait que le réflexe de peur est un signal de danger qui déclenche des réactions chimiques dans le corps pour nous permettre de fuir ou d’affronter une situation de façon optimale. En bref ce réflexe archaïque a pour but de nous sauver la vie.

Parmi nos peurs il y a celle de l’autre, de son altérité, que l’on perçoit comme une menace et nous y sommes tous confrontés. Mais à la différence des animaux, chez qui l’on retrouve ce réflexe, l’Homme est doué de raisonnement et de réflexion. Lorsque cette réflexion est assujettie à la peur, tous les dérapages sont possibles.

Par conséquent, au lieu de nous sauver la vie, certaines peurs d’anticipation liées à notre imaginaire tuent. Elles commencent par nous tuer nous-mêmes à petit feu par l’angoisse qu’elles génèrent, ensuite elles peuvent tuer l’autre psychiquement ou physiquement.

Mais qu’est-ce qui fait que l’on se sent menacé ? L’expérience montre que la peur de l’autre se fonde souvent sur la méconnaissance et l’ignorance, à commencer par le nouveau voisin qui s’installe… En l’absence de prise avec la réalité, tous les fantasmes se multiplient et s’amplifient. On constate aujourd’hui un climat de peur généralisé alimenté par les médias et les politiques qui nous manipulent. Tout est mis en œuvre pour entretenir et augmenter la peur de l’autre et tous les amalgames sont permis, l’exemple le plus frappant étant celui de l’Islam et du terrorisme. Lorsque les foules crient vengeance, elles sont inspirées par la peur et cette peur tue, nous le savons bien, l’histoire nous en montre moult exemples.

Si parmi les caractéristiques de l’être humain il y a sa faculté de penser et son intelligence, il y a surtout sa capacité d’aimer, d’accueillir, d’avoir de l’empathie, de la compassion.

Quand surviennent des difficultés, deux tendances se manifestent : celle de la solidarité et celle du repli sur soi. Lorsque l’on est à l’écoute de son cœur, c’est la solidarité qui prend le dessus, mais si on se laisse envahir par la peur, le repli sur soi devient prioritaire. La tendance actuelle illustre bien ce phénomène qui, sous prétexte de nous protéger, nous enferme et nous divise (parfois avec des murs bien réels).

Aussi ne nous laissons pas emporter par les appels à la haine avec la peur pour bannière, gardons notre dignité d’homme et de femme, l’esprit et le cœur ouverts à la rencontre, à la découverte, au partage et à la créativité. Et si par malheur l’autre tue, n’entrons pas dans l’escalade de la violence car personne, non personne, ne sera gagnant.

« Quand un immigré viendra s’installer chez vous, dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas; cet immigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l’un de vous; vous l’aimerez comme vous-mêmes; car vous-mêmes avez été des immigrés dans le pays d’Egypte ».
Lévitique 19, 33-34